Le cannabis poursuit sa banalisation avec 4 millions de consommateurs, dont 1,2 million d'usagers réguliers. Expérimentation, prix, dangers, répression, autoculture... Une synthèse inédite permet de dresser un portrait complet du chanvre en France.
Pour la première fois, l'Office français des drogues et des toxicomanies (OFDT) publie une synthèse sur le cannabis. Cette "bible du chanvre" compile toutes les données épidémiologiques, scientifiques, médicales et sociologiques. Et ce portrait inédit de la réalité du joint en France comprend quelques surprises.
Les chiffres de l'OFDT
place la France parmi les pays les plus consommateurs de cannabis en Europe, avec la République tchèque, l'Espagne et le Royaume-Uni : 12,4 millions de personnes âgées de 12 à 75 ans
déclarent avoir consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie et 1,2 million sont des consommateurs réguliers (au moins 10 fois par mois) dont 550 000 usagers quotidiens.
En 2005, 49,5 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir expérimenté le cannabis, en moyenne à 15 ans. Toujours chez les 17 ans, 10,8 % en ont un usage régulier (au moins 10 fois par
mois) : 15 % des garçons et 6,8 % des filles. A 17-18 ans, la moitié des usagers réguliers sont considérés comme problématiques (troubles de la mémoire, manque d'énergie,
dégradation des relations avec les proches, conduite sous l'influence du cannabis, signe de dépendance potentielle...).
L'expérimentation du cannabis a largement progressé dans les années 1990, tant en proportion qu'en précocité. Mais depuis 2002, ces chiffres se sont stabilisés. Seule la proportion des
consommateurs réguliers a augmenté, passant entre 2000 et 2005 de 3,8 à 5,9 %.
Les "fêtards" adolescents et les jeunes hommes (moins de 35 ans) sont les principaux consommateurs. Ce rapport permet également de lutter contre l'idée reçue selon laquelle cette drogue serait
plus consommé dans les milieux populaires que dans les milieux favorisés.
Pour se fournir, les amateurs de cannabis ont recours au don (58,7 %), à l'achat auprès de proches ou de dealers (36,8 %) et à l'autoculture (5 %). Alors qu'il y a quelques années,
cette pratique était confidentielle, elle est en plein essor, y compris dans des zones urbaines. Selon l'OFDT, ils seraient près de 200 000 à avoir ainsi la main verte...
Parallèlement, le prix moyen d'un gramme de cannabis a baissé en dix ans de près de 30 %. Il est aujourd'hui de 4 euros. Celui du gramme d'herbe est d'un peu plus de 5 euros (soit la
moitié de ce qu'il valait il y a 10 ans). Le budget moyen d'un usager consacré à l'achat de cannabis se situe entre 80 et 150 euros par mois.
Le chiffre d'affaires estimé du cannabis en France serait ainsi de 832 millions d'euros. Même si certains s'offusqueront de la comparaison, on peut rappeler que ce chiffre reste sans comparaison
avec celui du tabac 13,7 milliards d'euros ou l'alcool 14,2 milliards d'euros).
Récemment, des experts se sont alarmés de la hausse des taux de THC (tétrahydrocannabinol, composé actif du cannabis), une hausse qui pourrait avoir des effets dévastateurs. Ainsi, le quotidien
britannique "The Independent" avait été jusqu'à s'excuser le 18 mars 2007 d'avoir demandé la dépénalisation du cannabis en 1997, soulignant que la drogue d'il y a 10 ans n'était pas celle
d'aujourd'hui. Mais les chiffres publiés par l'OFDT ne confortent pas cette hypothèse. Le taux de THC reste stable autour de 8 à 10 %. Les produits fortement dosés (plus de 20 % de
THC), principalement en provenance des Pays Bas, restent très minoritaires en France (entre 2 et 5 % selon les sources avec des proportions plus élevées dans le Nord).
Peu de nouveautés sur les méfaits du cannabis dans ce rapport... Cancers, maladies respiratoires, troubles psychiatriques ont été reliés à l'usage de chanvre "sans que les études explicitent
toujours à quels niveaux de consommation ces risques sont susceptibles d’apparaître". Mais quelques chiffres rappellent cependant ses dangers :
Rappelons que la loi du 31 décembre 1970 interdit la détention, l'achat et l'usage de stupéfiants. Chaque année 90 000 personnes sont interpellées pour un usage de cannabis. La peine encourue peut aller jusqu'à 1 an d'emprisonnement et 3 750 € d'amende. Depuis la loi du 3 février 2003, il existe un délit sanctionnant la conduite sous l'emprise de stupéfiants d'une peine de 2 ans d'emprisonnement et d'une amende de 4 500 €. En 2005, 21 000 dépistages de stupéfiants ont été effectués sur les routes, 5 000 infractions ont été relevées (dont 900 avec alcool).
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